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Fierté Afro-queer : Ce que nous apprennent 17 éditions du Festival Massimadi

Chaque année depuis 2009, le Festival Massimadi offre un espace unique à Montréal : celui où être noir·e et queer n'est pas une contradiction, mais une identité à célébrer.  En 17 éditions, le festival a projeté plus de 300 films afro-queer venus de près de 46 pays. Que révèle notre programmation après bientôt deux décennies à mettre en lumière nos communautés ?


Occuper l'espace, édition après édition


En 2009, la première édition de Massimadi présentait dix films. Ces dernières années, la sélection s'est stabilisée autour d'une trentaine d'œuvres par édition malgré un contexte mondial de plus en plus hostile aux droits des personnes LGBTQ+. 


L'augmentation du nombre de films projetés dit quelque chose d'essentiel : la création afro-queer se développe, elle trouve des cinéastes prêts à la porter et des publics prêts à la recevoir. Chaque film de la programmation du festival Massimadi est une preuve que la communauté noire et queer ne se tait pas. 


En dix-sept ans, le festival a aussi évolué dans sa forme. D'une programmation essentiellement documentaire à ses débuts, reflet d'une communauté qui devait d'abord témoigner de son existence avant de pouvoir l'inventer, Massimadi présente aujourd'hui une diversité de formats : fictions, courts métrages, séries, performances, documentaires expérimentaux.


La diaspora comme haut-parleur de certains enjeux afro-queer


Depuis 2009, la provenance des films de la programmation du festival Massimadi se répartit comme suit : l'Amérique du Nord domine avec près de la moitié des œuvres, suivie de l'Europe (15%). En face, l'Afrique, les Caraïbes et l'Amérique du Sud ne rassemblent qu'un quart du catalogue global. 


Ce déséquilibre s'explique par des contextes politiques hostiles envers les personnes afro-LGBTQ+, comme on a pu le voir récemment dans l'actualité africaine. Aujourd'hui, l'homosexualité demeure criminalisée dans plus de 30 pays africains sur 54. Adopté par le Parlement ghanéen, le Human Sexual Rights and Family Values Bill prévoit jusqu'à trois ans de prison pour les relations entre personnes de même sexe, et de trois à cinq ans pour la promotion ou le soutien d'activités LGBT+. Le Sénégal a franchi un cap majeur en mars 2026 en promulguant une loi qui double les peines de prison (désormais portées de cinq à dix ans), emboîtant le pas au Burkina Faso qui a validé l'interdiction de l'homosexualité en septembre 2025, et au Mali qui l'a criminalisée en décembre 2024. Aux Caraïbes et en Amérique latine, les contextes varient mais demeurent souvent restrictifs, voire dangereux.


Produire des films afro-queer depuis Lagos, Dakar, Kingston ou Ouagadougou n'est pas un choix artistique ordinaire. C'est un acte qui engage directement la sécurité de toutes les personnes impliquées. 


Des films qui existent malgré tout


Pourtant, malgré ce climat de répression, les cinéma afro-queer fait preuve de résilience. Depuis 2009, Massimadi a programmé 39 films venus du continent africain, 15 des Caraïbes et 21 d'Amérique du Sud et Centrale. Soixante-quinze films au total, venus de régions où le silence semblait être le seul choix possible. 


Parmi ces œuvres, certaines ont bravé les obstacles à l'image de Rafiki de Wanuri Kahiu (Kenya, 2018), d'abord interdit dans son pays d'origine. The Wound / Inxeba (Afrique du Sud, 2017) explore l'initiation rituelle et le désir dans la culture Xhosa, tandis que Call Me Kuchu (Ouganda, 2012) documente l'activisme LGBTQ+ en pleine criminalisation.


Remonter plus loin dans le temps, c'est découvrir Proteus (Afrique du Sud, 2003), drame historique qui brise les tabous coloniaux en racontant une histoire d'amour en prison au XVIIIe siècle, ou Karmen Gei (Sénégal, 2000), où Joseph Gaye Ramaka réinvente Carmen comme une histoire de passion entre deux femmes. 


Ces films sont des preuves que la création afro-queer persiste et est nécessaire pour mettre en lumière les différentes réalités vécues par les communautés afro-queer à travers le monde.


Que nous apprennent les 17 années du festival Massimadi ?


Que la fierté afro-queer n'attend pas les conditions idéales pour exister. Elle crée dans les marges et se diversifie en formes. Elle s'affirme géographiquement malgré des conditions de plus en plus difficiles sur le continent africain. C'est pour cela que Massimadi existe : pour que ces voix trouvent leur place. 


Dans cet esprit, la Fondation est fière de poursuivre cet automne le programme Momentum : un projet de mentorat dédié à l'accompagnement de créateur·trice·s cinématographiques s'identifiant comme noir·e·s et queer. Sur une période d'environ huit mois, les participant·e·s sélectionné·e·s prennent part à des ateliers et bénéficient du soutien de mentor·e·s afin de réaliser un court trailer de leur projet. Le but ? Donner naissance à une production afro-queer montréalaise et québécoise, en ancrant des projets locaux dans le paysage cinématographique d'ici.

 
 
 

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